Walbourg

Un faucon est passé,

son cri a allumé la bouse

– étoile posée sur le chemin ;

le chant des racines

se souvient de ton nom,

attise l’odeur du bois et s’élève du feu.

Septembre avance et retourne à la veillée

les moineaux tirent à tire-d’aile

un trait entre printemps et maintenant

Ce bourdonnement, je le reconnais,

c’est un rayon oblique qui luit encore…

L’eau murmure dans son lit de source :

viendras-tu en boire

lorsque s’évanouira le spectre

des lignes trop droites, des crissements ?

La lune tout-à-l’heure fera un serment

en forme de pommes au four et

de foin qui attend, patient,

et me rend à mes dix ans.

Ce toit de tuiles arpente le siècle des aïeux

il rougit au soleil de cinq heures

la cloche ici est amie du grillon attardé

ces fleurs s’élancent en aparté

pour te dire leur auréole de satin jaune

Attends !

j’entends un tracteur à casquette à carreaux

il porte un message de vent et de fumée bleue

au noyau de tes yeux ;

les feuilles déjà se retournent

sur son parfum épais comme cendres :

A ce chant-là je veux boire

sonder le silence

garni de cailloux et de paille

de corneilles et de reinettes

afin que reste intact le fil

entre enfance et confiance

pour habiter le présent

je reviens au temps

des moëllons ocre, des outils rouillés

où les poules remontent la pendule

où le pain déjà me dévore

de sa mie indispensable

Le ramier peut-être prêtera sa plume

aux fruits alanguis sur la table,

la sonnette vacille, la bougie chante

le jour où les châtaigniers amèneront par la main

la brume d’octobre au sourire si fin

Ta robe aujourd’hui sourit

un arc-en-ciel qui ne sera pas vain

tes boucles m’appellent pour le dîner :

sous la mousse fatiguée et toute neuve

je toucherai ta chaleur et ton ombre

septembre 2007