J’ai déjà donné

Voilà une phrase que l’on entend parfois – et elle me vient également à l’esprit, devant telle ou telle situation : devant le SDF dans la rue, par exemple, ou (et je partirai de ce cas) devant un service que l’on me demande.

Si je me penche sur ces mots, pour voir ce qu’il y a dedans, j’y vois à peu près ceci :

– de la lassitude, celle du donneur qui peu à peu se vide de sa vitalité au lieu de s’occuper de la sienne, par don à l’autre/aux autres – et qui parfois le regrette – avec un zeste de « on ne m’y reprendra plus “.

– « Ce que j’ai donné, je ne l’ai plus : allez donc voir ailleurs, car mes réservoirs sont vides ».

Mais en y regardant de plus près… ai-je vraiment donné ?

Au passage, et même si’il ne cadre pas 100 % avec ce sujet, il me revient ce proverbe: «Il n’y a rien de ce que je t’aie donné, que tu n’aies déjà reçu, et il n’y a rien de ce que tu m’as donné, que je n’aie pas déjà en ma possession»).

Pour en revenir au thème : ce don m’a-t’il vraiment vidé, où cela m’a-t’il enrichi ? Par conséquent, qu’est-ce que j’ai vraiment donné ?

Donc cette expression serait-elle plutôt une formule de langage, aux multiples interprétations possibles ?

Pour en revenir au premier sens, à la lassitude, cette lassitude qui fait que je ne me sens plus capable de volontairement répondre à telle ou telle sollicitation, il y a ce paradoxe : je m’enrichis en donnant.

Alors, donner, ou… se donner ?

Là aussi peut intervenir de la fatigue, voire de l’épuisement, mais cela ne dépend-il pas du but fixé ?

Si la lassitude intervient avant que la tâche ne soit réalisée, est-ce de la fatigue, ou est-ce cet obstacle récurrent qui fait que j’ai du mal à terminer telle ou telle tâche ?

C’est là que réside pour moi le principal défi : aller jusqu’au bout de mon projet, de mon idée, de mon intention. Evidemment, ça va aider, si j’y crois !

Mais inévitablement, en cours de route surviennent des phases de découragement : les traverser peut s’avérer fastidieux, difficile, exténuant même, mais à chaque fois que j’ai pu le faire, cela m’a laissé un goût délicieux de victoire sur mes obstacles internes.

Au cours de la réalisation de ce projet, prendre pour repère des marqueurs externes n’est pas toujours utile : la montagne devant moi est toujours aussi haute, zut !, et c’est long jusqu’au sommet …

Mais je peux opter aussi pour voir, plutôt que le sommet escarpé et élevé, mon intention première, mon rêve, et ma détermination à aller jusqu’au bout – malgré les «signes» évidents de fatigue, ou les accidents de terrain.

Après tout, Don Juan dans les écrits de Castañeda ne dit-il pas cette phrase paradoxale :

« Le guerrier n’y croit plus, mais il croit quand même » ?

Guerrier est évidemment à comprendre dans le sens, ici, de randonneur :o)

Et cette foi peut se transformer en moteur infatigable, loin de toute considération «réaliste» sur les forces (ou les vivres) qui me restent, ou sur le degré de difficulté.

Comme l’écrivat Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ».

Alors, ce « J’ai déjà donné », je crois que je ne vais plus le dire aussi facilement : car d’une certaine manière, finalement, les réserves sont inépuisables !